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LA DOCTRINE DE LA CRÉATION: «TALON DACHILLE» DES ÉVANGÉLIQUES?
Douglas KELLY*
Ne pas reconnaître le caractère central de la représentation dans le premier Adam revient à vider le dernier Adam de sa réalité. Si le premier représentant de lalliance navait pas apporté, par sa désobéissance, la mort et la condamnation au monde physique réel, il est improbable que le dernier Adam, par son obéissance, ait pu apporter pardon, vie et guérison, ou du moins pas au monde réel.
I. La doctrine de la création et la gloire du Christ
Le dernier livre de la Bible tire le léger rideau qui sépare le temps de léternité pour nous faire voir et entendre toutes les beautés du ciel. LApocalypse nous le révèle: dans le ciel, il ny aura pas seulement à voir, il y aura aussi beaucoup à entendre. Lécho des harpes dor et des trompettes dargent de la rédemption résonne au-dessus dune mer de cristal et se fond avec les hymnes des anges et des rachetés. Leurs voix chantent avec une telle beauté que le plus sublime de nos chants grégoriens, la plus majestueuse des fugues de Bach, la plus émouvante des sonates de Mozart, le plus grandiose des oratorios de Haendel ne sont que de pâles reflets de la douceur poignante et de la pureté extatique dune seule portée, dune seule mesure, et même dune seule note de cet imposant chur céleste.
Lun des hymnes entonné par cette immense assemblée, dans les lieux très hauts, magnifie la gloire du Christ à travers lunivers quil a créé. En voici le texte (nous entendrons la musique plus tard, quand nous aurons tous été élevés là-haut!):
Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et lhonneur et la puissance, car tu as créé toutes choses, et cest par ta volonté quelles existent et quelles sont créées. (Ap 4:11)1
Immédiatement après, le chapitre 5 de lApocalypse décrit la rédemption de notre monde par celui-là même qui la créé. Au verset 9, le majestueux chur céleste se fait entendre encore dans toute sa beauté et cest vraiment prodigieux comme il exalte, en la personne divine, celui qui a créé toutes choses pour sa propre joie. Mais, cette fois-ci, il a un autre sujet de louange: des myriades de myriades danges, dêtres vivants et de vieillards glorifient Dieu davoir sauvé ce quil a créé. Ecoutons-les:
Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant: Tu es digne de prendre le livre et den ouvrir les sceaux, car tu as été immolé et tu as racheté pour Dieu, par ton sang, des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation
Dailleurs, vous le savez bien, ce nest pas seulement lApocalypse, cest toute la Bible qui unit et très étroitement création par le Christ et rédemption par le Christ. Lassociation de la création et de la rédemption se retrouve constamment dans la loi, les psaumes et les prophètes, tout comme dans le Nouveau Testament. Le prologue de lévangile de Jean Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu (1:1) nous fait découvrir un peu plus loin qui se trouve derrière cette Parole de la création du monde: cest le Sauveur du monde: «(La Parole) est venue chez les siens, et les siens ne lont pas reçue» (Jn 1:11). Pour ce qui est rendu en français par «les siens», lauteur de lévangile emploie une expression qui, en grec, veut dire «ses propres choses» ou «ses propres gens», ou peut-être même «sa propre maison» (je dirais en anglais his very own home).
Ce nest pas un point mineur, car en fait ces deux mots, «les siens», sont chargés du pathos le plus émouvant. Car lincarnation du Rédempteur na pas été latterrissage dun extraterrestre devant des hommes et des femmes effarés. Non, il est venu comme sang de notre sang, comme chair de notre chair; ici, sur notre terre, cest sa terre, sa maison, son chez lui, sa race, son humanité, sa création. La tragique horreur du péché est bien là tout entière: mis en présence de linfini de sa pureté et de son amour descendus dans une chair semblable à la leur, les siens ont rejeté et finalement assassiné celui qui était limage même de cette chair en laquelle ils ont été créés.
Quelle bénédiction que lévangile de Jean nous dise un peu plus loin: «Jésus, qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusquau bout.» (Jn 13:1) (On peut traduire aussi: les aima à lextrême.) Aussi faudra-t-il quen conclusion de cette conférence nous écoutions les saints et le chur des anges nous rappeler jusquà quel extrême il est allé pour mettre un comble à son amour. Mais, auparavant, il nous faut contempler un instant la gloire quils lui rendent pour avoir créé toutes choses sur la terre et dans les cieux. Cest ce sujet, la gloire du Christ dans la création, qui sera au centre de mon propos, plus même que le thème vers lequel il est conduit tout naturellement, celui de la puissance du salut et de la précieuse rédemption de ce monde perdu.
Laissez-moi vous dire mon étonnement de ce que, dans le culte de nos Eglises évangéliques, tandis que les louanges célestes sont tellement tournées vers le Christ créateur de toutes choses, le chant et la prédication paraissent tellement vides de référence sérieuse à sa divine création, et plus encore de simple extase dans sa contemplation, de passion dans sa prédication, dallégresse dans son chant de louange. Si les lieux très hauts glorifient le Christ pour les merveilles de sa création, pourquoi nos Eglises modernes négligent-elles autant de le faire?
Jespère ne pas aller trop loin si je dis que beaucoup dentre nous sommes embarrassés dans linstruction biblique, et quau lieu denseigner la création comme faisant partie de la gloire du Christ, nous cherchons plutôt à éviter le sujet. Dans un remarquable petit livre, Nigel Cameron, aujourdhui professeur à la Trinity Evangelical Divinity School (près de Chicago), faisait bien ressortir, voici plus dune dizaine dannées, une étrange anomalie chez des chrétiens par ailleurs très fondamentalistes:
Dans tous les autres sujets, les chrétiens évangéliques ont affirmé leurs positions sur lenseignement de la Bible et refusé de se laisser dicter leur opinion par le consensus du monde chrétien libéral et humaniste. Mais là [dans le débat entre créationnistes et évolutionnistes], il y a eu chez eux, malgré les enseignements de lEcriture, une disposition à rentrer dans le rang quil faut bien faire ressortir.
Il doit bien y avoir une raison pour quune telle corruption, intellectuelle et spirituelle, se soit introduite dans le domaine de la doctrine de la création. Ny aurait-il pas une relation entre la primauté de la création en tant que doctrine fondamentale de lEcriture et sa primauté intellectuelle en tant que pierre angulaire de toute éducation? Cette doctrine de toute première importance, cette occasion de rendre gloire à Jésus-Christ, cette base solide pour la conception de lEglise sur le monde et sur la vie, est-il surprenant quelle soit si violemment contrebattue par toute lopposition de la culture humaniste?
On comprend bien le refus des humanistes à joindre leur voix à celles du chur des saints et des anges qui rendent gloire à celui vers qui les gloires empruntées de lordre de la création les dirigeraient inévitablement: car, une fois quils auraient reconnu quil y a un Créateur, ils devraient plier leur genou, livrer leur cur, leur esprit et leur volonté devant lui.
Mais ce qui nest pas compréhensible, cest le refus des saints sur la terre de reconnaître limplication pourtant claire de la création et den rendre grâces à Jésus à ce titre. Et pourtant, cest ce qui arrive tout autour de nous! Cest pourquoi je voudrais saisir cette occasion pour être positif dadresser un appel, à vous et à ces milliers dautres dans lEglise militante du Christ ici-bas; oui, je vous appelle, je les appelle à joindre leurs voix à celles de lEglise triomphante et céleste den haut en un grand chant de louange à celui qui a créé toutes choses par sa volonté (Ap 4:11) et qui les a par la suite lavées du péché par son sang précieux, son propre sang. Nest-ce pas, dans notre civilisation si rapidement déclinante, un appel dune urgence particulière pour tous les fidèles de lEglise?
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Voici le XXe siècle achevé: à ses débuts, il a vu paraître des livres extrêmement lus comme Le déclin de lOccident (The Decline of the West). Plus tard, ce fut Le déclin de la pensée occidentale (The Decline of Western Thought) et La venue des âges noirs (The Coming Dark Ages). Tandis que quelques optimistes libéraux donnaient au XXe siècle commençant le nom de «siècle du christianisme» (The Christian Century), un nom quavait repris un célèbre périodique libéral, des penseurs plus perspicaces (humanistes comme chrétiens) ont senti venir des temps mauvais. Et le siècle sest terminé avec une sécularisation massive de lOccident autrefois christianisé: voilà que son visage jadis si beau est enlaidi maintenant par une criminalité rampante, par la facilité du divorce, la légalisation de lavortement et le sida, et des solitudes, et des dépressions, et des vies vidées de leur sens des blessures aucunement compensées par les avances proprement stupéfiantes de la technologie, de la médecine et des conditions de la vie matérielle.
Quest-il donc arrivé? LEcriture nous enseigne que «le jugement va commencer par la maison de Dieu» (1 P 4:17). Un principe a fonctionné du temps de lEcriture et à travers toute lhistoire ensuite, à savoir que létat dans lequel se trouve lEglise détermine la direction que prennent les grandes sociétés autour delle. La plupart du temps, cette influence déterminante est indirecte et cachée, comme lest le levain dans la pâte, mais cest en fin de compte la vivacité de la foi du peuple de Dieu qui revitalise la culture ou lentraîne vers la décrépitude.
Un exemple: lEglise de la fin du Moyen Age, compromise en partie par les hérésies, en partie par son immoralité, du fait de sa corruption, a eu sa part dinfluence sur lavènement, à la Renaissance, de lhumanisme antichrétien. Cet humanisme de la Renaissance, après avoir été tenu en échec par le XVIe siècle protestant, a réapparu sous des dehors différents à la fin du XVIIe siècle et, ensuite, durant toute la période des Lumières du XVIIIe siècle, lequel a profité de la disette spirituelle qui a suivi le déclin du puritanisme britannique. Au début, les contemporains du Siècle des lumières se sont vu proposer un christianisme sans mystères, déiste, rationaliste et, finalement, acceptable; mais au milieu du XIXe siècle, les rationalistes se sont sentis politiquement assez sûrs pour se passer entièrement de Dieu au profit du culte de lhomme et de lattente messianique dun Etat centralisé qui remplacerait le Royaume de Dieu.
Il était de toute première importance, pour passer ainsi du transcendant au rationalisme, que les humanistes disposent dune autre théorie de la création expliquant lorigine du monde. Nous navons pas besoin de revenir sur lhistoire de cette transformation intellectuelle, sauf pour souligner limportance désormais déterminante de lévolutionnisme comme base de toute la conception humaniste du monde, laquelle a dominé toute la scène intellectuelle pendant plus dun siècle.
Dans une critique massive de lévolution partant de bases scientifiques expérimentales, Michael Denton, qui nest pourtant pas un chrétien pratiquant, met en évidence le principe de cette autre théorie de la création prônée par les rationalistes:
Toute la philosophie, toute léthique scientifique de lhomme moderne est fondée, dans une large mesure, sur lhypothèse centrale de la théorie de Darwin qui est que lhomme nest pas né de la volonté créatrice dune divinité, mais dune sélection par essais et erreurs, dénuée de pensée, appliquée au hasard sur des agglomérats moléculaires. Aussi limportance culturelle de la théorie de lévolution est-elle incommensurable, car elle forme lélément central, le couronnement de la conception naturaliste du monde, le triomphe final des thèses humanistes qui, depuis la fin du Moyen Age, ont chassé de la pensée occidentale la naïve conception du monde de la Genèse.
La puissance politique et économique que déploient les évolutionnistes pour garder leur emprise sur toutes les institutions intellectuelles de la société occidentale écoles publiques, universités, maisons dédition, administrations, médias est étonnante! Cest, en tout cas, un éloquent témoignage de leur conviction que leur doctrine de la création est de la première importance pour la solidité densemble de leur conception du monde.
Lironie à cet égard est que bien des chefs de file du mouvement intellectuel évangélique paraissent ne pas se rendre compte de limportance fondamentale quil y a à conserver et à étendre lenseignement biblique de la création pour la rechristianisation de la pensée, de laction, et ensuite de la société elle-même. Historiquement, linefficacité des intellectuels évangéliques sur cette matière fondamentale a conduit à donner un énorme avantage aux humanistes plus sensés afin de gagner la culture occidentale à leur philosophie (et cela bien que les humanistes soient en train de perdre rapidement leur avantage intellectuel du fait que la science a démontré par lexpérience la faillite de lévolutionnisme).
Les chrétiens ne pourront jamais regagner la société tant quils nauront pas vraiment compris, à nouveau, limportance de la création.
A) Limportance de la création
Jétais à LAbri2 en décembre 1968, et jy ai entendu Francis Schaeffer dire que, sil avait une heure à passer dans un avion avec quelquun qui ne connaîtrait pas Dieu, il passerait cinquante-cinq minutes à lui parler de la création à limage de Dieu et de lorigine de lhomme, avant de passer les cinq dernières à lui annoncer lEvangile du salut. F. Schaeffer trouvait que cétait une grossière erreur déviter le sujet primordial qui est de comprendre comment nous sommes là, pourquoi nous sommes ce que nous sommes, qui nous dirige, selon quelles règles nous devons nous conduire et quels sont les critères par lesquels nous serons jugés. Il avait compris que si lon ne répondait pas à ces questions de base, qui sont au fond du cur de chacun, pour passer directement à lEvangile du salut, on perdait leffet majeur quoffre la réalité à ceux qui recherchent la vérité.
Sattacher pleinement à la doctrine biblique de la création est important pour une autre raison: cela nous aide à voir que la Bible est à prendre au sérieux quand elle parle du monde réel. En évitant de soccuper de ce que dit lEcriture à propos de la création du monde matériel, on favorise la tendance qua déjà la religion à être déconnectée du monde réel, ou bien, pour utiliser un exemple imagé, on pousse encore plus lEcriture et le christianisme dans un placard de verre sans tain, doù lon ne peut plus avoir aucun effet sur le plan de lespace-temps.
Cest bien ce que notait, vers la fin des années 1890, le théologien écossais James Denney: «La séparation science-religion entraînera finalement la séparation vérité-religion; cela signifie que la religion va périr chez les hommes vrais.» Inversement, si lEglise se donne la peine de parler de la création, les gens vont immédiatement comprendre que Dieu agit sur le monde réel dans lequel ils vivent, quil gouverne lhistoire, lespace et le temps. Le résultat est que la Bible pourra devenir très importante pour leur vie quotidienne et pour leur destin personnel. En dautres termes, la doctrine de la création par laquelle commence la Parole de Dieu doit être présentée comme le fondement de la Révélation, puisque Dieu la commencée là. Cela montrera que, Dieu étant la source de toute réalité, sa Parole est véritable et peut, dès lors, sappliquer dans la vie de tous les jours. Si, adoptant sur les origines du monde le point de vue de nombre de philosophies incroyantes, on donne aux premiers chapitres de la Genèse un sens seulement religieux, on cantonne alors la Bible et la religion dans un domaine irréel, sans véritable importance et lon vide les Eglises de leurs fidèles. Cest ce qui est arrivé dans la plus grande partie des pays européens au XIXe siècle et en Amérique dans les années 1920, ainsi que la suggéré Michael Denton dans sa critique récente de lévolution.
Encore une raison (parmi beaucoup dautres) pour donner une grande importance à la doctrine de la création: sans le fondement de la doctrine dune création par Dieu, il nest pas possible de donner au monde et à la vie leur véritable sens. Lun des associés de Calvin à Strasbourg (vers 1525), Wolfgang Capito, a écrit un ouvrage intitulé Hexameron, Sive Opus Sex Dierum (Le livre des six jours), dans lequel il déclare très justement quadhérer à la doctrine de la création par Dieu est «la base première de la divine philosophie». Cela veut dire que la création nest pas seulement la première action de Dieu dans lhistoire, elle est aussi première comme base fondamentale absolument nécessaire à la compréhension de tout ce qui la suivie, jusquà la rédemption elle-même. W. Capito a eu bien raison de le dire: on ne pourra pas donner un sens à sa vie en laissant de côté lenseignement de la Genèse; toutes choses ont été créées par le Dieu infini et personnel, pour sa gloire et pour notre bénédiction.
Autrement dit, et pour dire les choses simplement, si la propre Parole de Dieu commence par la doctrine de la création, cest que ce sujet doit être dune importance fondamentale pour tout ce qui a suivi. La création par Dieu est la base de tout le reste dans lEcriture, cest-à-dire à la fois la signification de la nature et de lhomme et leur rédemption. Si nous nous mettons à fonder notre pensée sur de fausses bases, alors ce sera tout lédifice, toute la maison, qui sera construit de travers et qui, inévitablement, seffondrera.
Mais pour bien comprendre la nature de la résistance impressionnante des intellectuels vis-à-vis de la conception biblique des origines du monde, il nous faut apprécier chez les humanistes limportance de leur propre théorie matérialiste des origines du monde.
B) La capitulation trop rapide des intellectuels chrétiens face aux vues matérialistes sur les origines du monde
Le professeur N. Cameron a consacré le chapitre 6 de son ouvrage Lévolution et lautorité de la Bible à la triste histoire que fut la capitulation quasi totale des intellectuels chrétiens du XIXe siècle face à la théorie de lévolution de Darwin. Il écrit ceci:
Dès que la nouvelle pensée scientifique a commencé à prendre pied au XIXe siècle, dabord dans le domaine de la géologie, puis dans celui de la biologie, les commentateurs bibliques se sont hâtés daccommoder leur interprétation de lEcriture à la dernière orthodoxie scientifique.
Et après avoir étudié un grand nombre de commentaires chrétiens du XIXe siècle sur la Genèse, il conclut:
Dévidence, chacun des commentateurs, à lexception de [Thomas] Scott, critique lidée traditionnelle du déluge. Ils croyaient quil était nécessaire dharmoniser linterprétation de lEcriture avec ce que croyait le consensus des hommes instruits
Philip Johnson, professeur dadministration de la preuve à la faculté de droit de lUniversité de Californie, à Berkeley, a noté le même étrange phénomène dans son Procès de Darwin:
Le darwinisme concordait tellement avec lesprit de son époque que cette théorie a reçu ladhésion dun nombre surprenant de dirigeants religieux. Beaucoup des premiers partisans de Darwin étaient des membres du clergé ou des laïcs convaincus.
La même constatation est faite par David N. Livingstone (savant et écrivain britannique) dans son ouvrage Les défenseurs oubliés de Darwin: la rencontre de la théologie évangélique avec la pensée évolutionniste, de 1987, et par le professeur Colin Russel dans un article du Londons Journal publié dans la revue Science et Foi chrétienne (Science & Christian Belief), en 1989.
Cela ne veut pas dire quil ny a pas eu dopposition intellectuelle au darwinisme remplaçant la création par Dieu. Mais cette opposition ne vint pas des membres du clergé (à part quelques honorables exceptions), mais et cest ce que montre bien Ph. Johnson dexperts en fossiles! Et larticle du professeur (Colin) Russel (qui a été analysé par Clifford Longley dans le London Times du 17 février 1990) note que Thomas Huxley, le bulldog de Darwin, na pas été combattu par le clergé (sauf, et de façon plutôt inepte, par le bon évêque Wilberforce), mais par des physiciens de Cambridge de premier rang, tels que lord Kelvin et James Clerk-Maxwell (qui tous deux étaient des évangéliques presbytériens écossais). Hélas, les théologiens du temps ne surent pas faire usage des arguments expérimentaux et de postulats que ces deux éminents physiciens avaient lancés contre lévolution. Ils ont préféré accepter sans sourciller les thèses nouvelles reconstituant lhistoire primitive, géographique et biologique par la théorie de lévolution.
Ainsi, à lexception de quelques fondamentalistes dont le cur était bien orienté, mais qui manquaient souvent déducation et dinfluence dans le domaine culturel, beaucoup dintellectuels chrétiens ont accepté sans broncher le substitut, imposé par les rationalistes, au récit biblique de la création. Comme le fait remarquer N. Cameron, les libéraux et les fondamentalistes ont harmonisé lancien récit de la Genèse au darwinisme moderne de deux façons différentes:
les libéraux, en rejetant le témoignage des Ecritures sur le déluge, les fondamentalistes en réinterprétant lEcriture dans un sens plus consensuel. Comme ladmet ouvertement Whitelaw, il y avait là une politique délibérée de leur part. Car, tandis que les auteurs fondamentalistes, qui se trouvaient obligés par leur doctrine de lEcriture de préserver sa vérité, quoi quelle pût dire, imposaient une lecture pas très littérale du texte, les auteurs libéraux, de leur côté, pouvaient admettre sans complexe que lEcriture enseigne quelque chose (un déluge universel) qui ne sest pas produit.
Je ne suis pas certain que la situation se soit beaucoup améliorée dans la communauté évangélique en ce début de XXIe siècle en ce qui concerne la remise en doute des postulats et des preuves de lévolutionnisme, comme de prendre au mot sérieusement la Genèse dans son contexte historique et littéral. Beaucoup de chrétiens pensent quune certaine forme dévolution dans la croyance en Dieu est la seule option respectable pour les croyants intelligents daujourdhui.
Bien que je ne sois pas du tout daccord avec ceux de nos frères qui pensent ainsi, je maintiens quil est important danalyser leur façon de voir avec sympathie et compréhension. Dévidence, la présentation de preuves pour admettre de longues périodes pour les différentes ères du cosmos et pour des évolutions cosmiques et macrobiologiques a pu paraître impressionnante et peut-être même irrésistible. Mais le fait que des études récentes, tels larticle du professeur Russel et les livres de Ph. Johnson, démontrent que beaucoup des preuves scientifiques du darwinisme nétaient que pure propagande dans les journaux du XIXe siècle, intelligemment manipulée par Huxley et dautres, ne lève certainement pas lintimidation ressentie par les intellectuels chrétiens qui se sentaient sincèrement incapables de remettre en question ce que la presse prétendait être les dernières découvertes de la science sur les origines du monde. Alors, ils se sont sentis obligés de faire gommer loffense à lintelligence que semblait être une cosmologie apparemment naïve, en interprétant la Genèse de façon à ne pas être en contradiction avec l'évolutionnisme matérialiste. Pour leur défense, ils arguaient quon pouvait encore prendre au sérieux les parties de la Bible les plus importantes, celles qui concernent lEvangile du salut, lors même quelles nauraient pas été rendues incroyables du point de vue scientifique en étant mises dans la même catégorie que le récit de la Genèse (1:11).
Je nai certainement pas lintention damoindrir la sincérité ou la haute motivation de lun ou lautre de ces auteurs, quils soient de la moitié du XIXe ou de la fin du XXe siècle. Je voudrais vraiment pouvoir, humblement et de façon aimante, les encourager à repenser entièrement leur façon de voir cette question dimportance cruciale. Il est essentiel, en particulier, que l'aile marchante intellectuelle du mouvement évangélique prenne en compte limportance du rôle central que doit avoir une doctrine de la création fidèle à lEcriture dans la conception chrétienne du monde, et quelle se prépare à critiquer le récit rationaliste des origines du monde avec au moins autant de vigueur que ce quils ont fait depuis toujours pour le reste des récits bibliques traditionnels. Je crois que, grâce à la bonne providence du Seigneur, nous sommes arrivés à un point où une remise en question de cette importance peut se faire dune façon qui aurait été bien plus problématique auparavant, du fait du travail remarquable de chercheurs scientifiques, et non il faut bien le noter du fait de travaux de théologiens.
Bien que la société occidentale se soit largement ouverte au rationalisme depuis que les théories darwiniennes ont remplacé le récit de la Genèse, cela ne ferme pas pour autant le livre dhistoire de la pensée du XXe siècle. Car la science, et en particulier la physique nouvelle, sest détournée des hypothèses de la mécanique naturaliste qui étaient si importantes pour la théorie de lévolution.
Mais avant de parler des changements de théories scientifiques, il nous faut rappeler brièvement les enseignements de la Genèse sur la création.
C) La conception de la création selon la Genèse
Pour les croyants qui sont voués au Christ comme Vérité incarnée, à lEcriture comme «parfaite et véridique, rendant sage le simple» (Ps 19:8), pour eux qui veulent par la lumière du Seigneur voir la lumière (Ps 36:10), la preuve première pour la bonne interprétation de la création est la Bible elle-même, spécialement les onze premiers chapitres de la Genèse et le prologue de lévangile de Jean. La première question qui se pose alors est: de quel genre décrit sagit-il dans ces onze premiers chapitres du plus ancien livre de la Bible? Elle se pose de façon particulière aux commentateurs évangéliques de la Bible depuis le développement, dans la culture occidentale, des théories sur les grandes périodes du cosmos et sur lévolution. Beaucoup ont cherché à contourner lopposition évidente entre la lecture directe du texte et les théories naturalistes sur les origines du monde. Ils lont fait en énonçant lhypothèse que les onze chapitres, particulièrement les trois premiers, sont des écrits poétiques et non du domaine de lhistoire chronologique.
Je vais laisser à un éminent spécialiste de lhébreu et des langues sémitiques le soin de répondre, avec tout le poids de son érudition, aux thèses évangéliques du caractère poétique des chapitres 1 à 3 de la Genèse. Edward J. Young, professeur au Séminaire de Westminster, à Philadelphie, aujourdhui décédé, a donné son avis sur cette question dans un article intitulé «La Genèse, poème ou mythe?», publié dans le Westminster Théological Journal, de la façon suivante:
Dans le but déchapper au caractère pleinement factuel du récit de la Genèse, certains évangéliques essaient de dire que les premiers chapitres de la Genèse sont du domaine de la poésie ou du mythe. Ils veulent dire par là quil ne faut pas prendre ces textes au sens littéral dun récit exact, et quen ladmettant on résout toute difficulté ( ) Adopter un tel point de vue, disent-ils, fait disparaître tout conflit avec la science moderne ( ).
Et Young ajoute:
Il y a des récits poétiques de la création dans la Bible: le Psaume 104 et quelques passages dans Job. Mais ils sont dun style complètement différent du premier chapitre de la Genèse. La poésie hébraïque a des caractéristiques bien définies: on ne les retrouve pas dans ce premier chapitre. Aussi nest-ce pas une bonne solution que de prétendre que ce premier chapitre nest que poétique. Celui qui dit: «Je crois que le livre de la Genèse se veut un récit historique, bien que je ne croie pas à ce quil raconte» interprète bien mieux la Bible que celui qui dit: «Je crois que ce que dit la Genèse est vrai, mais ce nest que de la poésie».
Une confirmation supplémentaire du caractère non pas poétique mais historique du récit de la création dans la Genèse se retrouve dans la façon dont le Nouveau Testament utilise ces premiers chapitres. On aura beau faire et refaire lexégèse de chacun des livres du Nouveau Testament, on ne pourra pas y trouver la moindre trace dune lecture poétique des onze premiers chapitres de la Genèse. On peut ne pas être daccord avec la lecture littérale historique de ces chapitres dans le Nouveau Testament, mais on ne peut pas honnêtement trouver, dans ses pages, autre chose quune lecture directe de ces onze chapitres pris comme des événements littéralement incontestables.
Walter T. Brown est un ancien professeur de larmée de lair américaine à la retraite. Aujourdhui à la tête dun centre détudes de la création dans lArizona, il a fait la liste des 71 références aux premiers chapitres de la Genèse dans le Nouveau Testament. Il en tire les conclusions suivantes: a) tous les rédacteurs du Nouveau Testament font référence aux 11 premiers chapitres de la Genèse; b) Jésus sest référé à chacun des sept premiers chapitres de la Genèse; c) tous les livres du Nouveau Testament font référence à ces onze chapitres, excepté les épîtres aux Galates, aux Philippiens, aux Thessaloniciens (les deux lettres), la seconde lettre à Timothée, Tite et les 2e et 3e épîtres de Jean; d) chacun des onze premiers chapitres fait lobjet dun commentaire dans lun ou lautre des livres du Nouveau Testament, excepté le chapitre 8; e) tous les rédacteurs du Nouveau Testament prennent ces premiers chapitres de la Genèse pour des récits véritablement historiques.
Si lon fait lanalyse grammaticale de la Genèse, on constate que la grammaire est celle dun récit pleinement historique, pas celle de la poésie. Ainsi, ces premiers chapitres de la Genèse font usage dune forme particulière à lhébreu quon appelle le waw consécutif (qui est rendu en français par et: et [waw] il dit, et [waw] il fit, etc.). Or les Hébreux utilisent normalement le waw consécutif pour donner un sens de séquence dans lhistoire. Chacun peut aussi constater, en outre, quil ny a pas de strophe poétique dans tous ces chapitres: grammaticalement, il sagit dun récit tout simple, très direct dévénements qui se sont réellement produits dans un ordre bien défini.
Il nentre certainement pas dans mes intentions détudier en détail ce quil faut retenir du récit des chapitres 1 à 3 sur l'uvre du Seigneur pendant les six jours de la création. Cependant, je voudrais faire quelques remarques générales sur quelques-uns des aspects importants de lenseignement de la Genèse sur la création dans ses premiers chapitres.
Tout dabord, un bref résumé du livre de la Genèse: il peut être divisé en deux grandes parties. La première est la création; elle couvre le premier chapitre et les trois premiers versets du deuxième chapitre. La seconde partie va du chapitre 2, verset 4, au chapitre 50, verset 26. Lanalyse plus fine de la première partie fait ressortir au verset 1 un aperçu densemble de la création dans son entièreté; puis, du verset 2 au verset 30, un compte rendu détaillé des six jours de la création. Nous avons donc, tout dabord, au verset 1, la présentation générale de l'uvre de la création pendant les six jours pris dans leur ensemble et, après, du verset 2 au verset 30, le récit détaillé de ce que Dieu a fait pendant chacun des six jours. Puis, du chapitre 1, verset 31, au chapitre 2, verset 3, le résumé: il nous dit que «Dieu vit tout ce quil avait fait, et voici: cétait très bon» (Gn 1:31).
Depuis ce point et plus avant dans le reste du livre de la Genèse, tout se passe comme si le projecteur se déplaçait de limmense univers pour se focaliser sur une petite tête dépingle qui sappelle lhomme. Cest la base de nos réponses aux questions telles que: pourquoi sommes-nous ici? pourquoi sommes-nous comme nous sommes aujourdhui? quest-il arrivé? Eh bien, le deuxième chapitre du livre de la Genèse tourne lattention vers lhumanité, et il en sera ainsi pour tout le reste des livres de la Bible, jusquà ce quelle se termine sur la révélation du livre de lApocalypse! Ainsi, la structure du livre de la Genèse est telle quil part de la réalité du général pour arriver à la spécificité du détail. Puis il résume la signification de ces détails et concentre, ensuite, son attention sur un aspect très spécifique de la réalité: lhistoire de lhumanité qui nous introduit à lalliance de grâce et à la bonne nouvelle de lEvangile.
En partie parce quelle ne voulait pas comprendre cette structure de base de la Genèse et la façon dont la pensée hébraïque enregistre les récits contradictoires de la création, la haute critique du XIXe siècle a inventé la fiction de deux ou trois récits contradictoires de la création, en se fondant sur une «théorie des plages» dans la composition du Pentateuque, qui serait laddition, postulée par Graf et Wellhausen, de plages (J, E, D et P) dans sa composition.
Umberto Cassuto, le grand enseignant juif de lUniversité de Jérusalem, a répondu, dans les années 1950, à cette forme erronée de la critique supérieure. Dans son Commentaire du livre de la Genèse, il montre que le verset 4 du chapitre 2 de la Genèse nest pas un résumé du récit de la création du premier chapitre, mais plutôt un indicateur dune section à logique différente du livre de la Genèse (il veut parler de sa deuxième partie). Genèse 2:4 donne, selon son expression, une esquisse générale, brève: il rend compte de la fabrication de lune des créatures du monde matériel, alors que le livre dans sa seconde partie se consacre et sétend très en détail sur lhistoire de lêtre qui est au centre du monde moral. Cette répétition était cohérente avec le principe stylistique de présenter, dabord, lensemble, puis de passer en revue le détail, un système qui était suivi communément, non seulement par la Bible, mais aussi par les monuments littéraires du reste de lOrient ancien. Lauditeur peut penser quil sagit dun autre récit, et cest bien ce que la critique supérieure allemande du XIXe siècle a pris pour hypothèse, si bien que, selon elle, le deuxième chapitre du livre de la Genèse (Gn 2) est un second récit de la création, qui contredit le premier chapitre (Gn 1), alors quil est seulement une reprise dans le détail du premier chapitre.
En plus de la compréhension du schéma de base du livre de la Genèse, il nous faut aussi regarder ce que signifie le mot hébreu quutilise Moïse pour ce que nous traduisons par créer dans le premier chapitre de la Genèse. Cest le verbe barah au temps (présent actif) Qal. Le professeur E.J. Young a fait remarquer que, «employé au temps Qal, le verbe barah désigne uniquement lactivité divine: le sujet du verbe est toujours Dieu, jamais lhomme». Ce verbe veut dire que Dieu a créé toutes choses à partir de rien (creatio ex nihilo), cest-à-dire sans lutilisation de matière préexistante. Cest ce quon appelle la «création absolue», par opposition à la «création relative» qui utilise un matériau préexistant. Il ny avait bien que Dieu lui-même pour réaliser un tel miracle!
Finalement, le concept de création absolue repose sur la réalité du Dieu de lEcriture, absolu, infini et personnel. En dernière analyse, nous devons supposer ou bien un Dieu éternel, ou bien une matière éternelle: ce sont les deux seules possibilités qui soffrent pour rendre compte de la source première de toute réalité. Laissez-moi vous dire que lexistence dune matière éternelle nest en aucun sens un fait scientifique. Cest plutôt un article de foi ou une supposition de caractère religieux: il faut nous souvenir du caractère religieux de cette hypothèse quand nous discutons avec les partisans de lévolution.
Une troisième remarque peut être ajoutée à celles que nous venons de voir sur la structure du livre de la Genèse et sur le concept de la «création absolue». Cest une indication importante qui nous est donnée au premier chapitre de la Genèse avec lintroduction et la continuité de la vie végétale au troisième jour de la création (voyez là-dessus Gn 1:9-13). Le texte de la Genèse nous dit que Dieu a mis dans le sol fertile non point des graines, mais des plantes en pleine maturité, germées et levées, qui contenaient leurs semences reproductrices. Et ces plantes créées adultes avaient, bien entendu, lair dêtre plus vieilles que lâge quelles avaient réellement. Nous pouvons aussi penser que notre premier père, Adam, créé homme adulte le sixième jour, paraissait dix-huit ou vingt ans de plus que sa durée de vie depuis sa création et quil en était de même pour les plantes et les arbres, qui mettent de nombreuses années à parvenir à leur maturité, paraissaient plus vieux que leur âge réel. Cela indique que, par son activité créatrice divine, Dieu peut créer une plante, un arbre, un être humain à leur état adulte dans une fraction de seconde. Nous ne devons pas alors chercher à mesurer lâge de la réalité physique seulement par le temps quil faut aux instruments daujourdhui pour fonctionner. Cest un problème important pour les tenants de la «thèse de luniformisation», qui croient que «le présent est la clé du passé», parce quils refusent de prendre en compte ce que peut faire lactivité créatrice de Dieu. Aussi surestiment-ils faussement lâge de lunivers.
Le texte de la Genèse nous enseigne que Dieu a donné à la vie végétale les moyens de passer son code génétique de génération en génération par les semences quelle portait en elle. Le verset 11 du chapitre 1 de la Genèse le dit bien:
Que la terre se couvre de verdure, dherbe porteuse de semence, darbres fruitiers donnant sur la terre des fruits selon leur espèce et ayant en eux leur semence.
Il y avait donc, implantée dans chaque organisme créé par Dieu, une semence, programmée pour permettre la réplique continue de ce type dorganisme (on dit: son espèce). Aujourdhui, on dirait que la semence est la molécule ADN, cette vrille qui contient le code génétique spécifiant les caractéristiques de reproduction de cette même espèce. Ce que la Genèse nous dit, la science moderne le confirme en renforçant par ses découvertes la notion de stabilité des espèces. On est donc bien loin de la théorie de lévolution dune espèce évoluant vers une autre espèce. En dautres termes, «le même reproduit le même», les choses se reproduisent selon leur espèce. Bien sûr, il y a beaucoup de potentiel de variation dans chaque espèce de base ainsi, il y a de nombreuses espèces de chiens, par exemple mais il ny a pas de preuve dun changement despèce en une autre (par exemple de chien en chat, ou de poisson en oiseau).
Notons ici que la théorie de lévolution est en grande crise, du fait que le mécanisme central quelle prône pour expliquer le développement despèces inférieures en espèces supérieures se heurte au principe de stabilité des bases des espèces, celui qui est décrit au premier chapitre de la Genèse, principe dont la crédibilité est renforcée par les recherches actuelles de la génétique (en fait, elles remontent aussi loin que les expériences de Mendel sur les petits pois du milieu du XIXe siècle). Dailleurs, depuis Mendel et jusquà aujourdhui, la recherche génétique a été bien incapable de démontrer la véracité de la thèse de lévolution dune espèce en une autre. Cest pourquoi les théories de lévolution se trouvent en si mauvaise posture.
Jaimerais pouvoir citer ici un nouveau supplément aux manuels scolaires de biologie, qui est maintenant très répandu aux Etats-Unis: Des pandas et des hommes: la question centrale des origines biologiques. Ce manuel, rédigé par des scientifiques respectables, critique les mécanismes proposés par les théories de lévolution en se fondant sur les recherches expérimentales les plus récentes. Leurs auteurs assurent que
le seul moyen dintroduire vraiment un nouveau matériel génétique dans le potentiel génétique est par une mutation, cest-à-dire par un changement de sa structure ADN. Or les mutations de gènes ne se produisent que quand les gènes individuels ont été endommagés par une exposition à la chaleur, aux agents chimiques ou à des radiations. Les mutations de chromosomes, elles, nont lieu que quand des sections de lADN sont dupliquées, inversées, perdues ou déplacées ailleurs dans la structure ADN. En tant que mécanisme central de lévolution, les mutations ont fait lobjet de recherches intensives au cours du dernier demi-siècle. De très nombreuses études ont été menées sur la mouche drosophyle des fruits, parce que sa durée de vie très courte permet aux scientifiques den observer plusieurs générations. Les mouches ayant été bombardées par des radiations pour accroître le taux de mutations, on saperçoit que les mutations ne créent pas de nouvelles structures. Elles ne font que modifier les structures existantes, elles nont pas transformé la drosophyle en une espèce dinsecte nouvelle. Les expériences nont simplement produit que des variations de lespèce de la mouche drosophyle.
La contre-preuve que les mutations ne résultent pas dune évolution a été fournie de manière encore plus décisive par le zoologiste français Grasse, qui a étudié des générations de bactéries se reproduisant beaucoup plus vite que la mouche drosophyle: une génération dure environ une demi-heure, donc la bactérie se reproduit 400 000 fois plus vite que nos générations humaines. Les chercheurs peuvent ainsi suivre les modifications que les mutations produisent dans un espace de temps relativement très court, mais qui équivaut à trois millions et demi (3 500 000) dannées pour notre race humaine. Mais Grasse a trouvé que ses bactéries nont pas vraiment changé tout au long de ces générations3. Devant de tels résultats de lexpérience, on peut raisonnablement soutenir que ni les plantes ni lhumanité nont évolué pendant la période équivalant à celle au cours de laquelle les bactéries ont révélé une descendance stable.
Certains pourraient arguer que, bien quil ny ait pas de preuve convaincante de lévolution en matière de mutation dune espèce à une autre espèce, la seule existence de si nombreux fossiles démontre en elle-même quil y a eu évolution (ou changement despèce graduel) dans le passé. Pas de chance ! les recherches contemporaines ont montré que les fossiles étaient lune des preuves les plus fortes contre lévolution et en faveur dune certaine forme de création selon un «plan intelligent». Le spécialiste des fossiles Stephen J. Gould a constaté dans un article intitulé «Le chemin erratique de lévolution», publié dans le numéro de mai 1977 de la revue Natural History, que «lextrême rareté de formes de transition dans les séquences fossiles reste un mystère pour la paléontologie». Et il ajoute: «De nouvelles espèces sont apparues presque toujours dans ces séquences, mais sans aucun lien avec les ancêtres retrouvés dans les roches plus anciennes de la même région.»
Cela revient à dire que le «chaînon manquant» est toujours manquant, alors que lon trouve toujours plus de fossiles, et que les écarts entre espèces ou familles sont toujours aussi larges. Commentaire de David B. Kitts, professeur à lécole de géologie et géophysique de lUniversité de lOklahoma:
En dépit des belles promesses selon lesquelles la paléontologie procurerait un moyen de voir lévolution, elle na pu produire que de méchantes difficultés aux partisans de lévolution, la plus connue dentre elles étant la présence de trous dans la séquence fossile. La théorie de lévolution voudrait des intermédiaires entre les espèces et la paléontologie ne leur en fournit pas.4
Sous cet angle, la paléontologie témoigne fortement en faveur de la thèse de la Genèse sur la stabilité des espèces.
Arrivé à la conclusion de cette première partie, je voudrais dire que ce nest pas le moment, pour les chrétiens, dêtre honteux de la doctrine fondamentale enseignée par le livre de la Genèse. Il est temps, bien au contraire, de regarder plus attentivement le texte sacré et de poser les questions essentielles face aux prétentions encore populaires des théories de lévolution dans notre société. Plus nous le ferons, plus facilement nous pourrons élever nos voix avec celles des anges den haut pour louer ce Seigneur qui est à la fois notre Créateur et notre Rédempteur.
Je vous invite à le faire avec le psalmiste par le chant du Psaume 148 du Psautier de Genève:
Vous, létendue, la profondeur, Louez la main du Créateur. Il parle et tout lui obéit, A ses décrets chacun se plie. Monstres marins dans les abîmes, Tempêtes jouant sur les cimes, Vous êtes tous, neiges et vents, Soumis aux lois du Tout-Puissant.
Vous, tous les cèdres des sommets, Vous, les vergers et les forêts, Vous, tous les monts et les coteaux Et vous, les fleuves, les ruisseaux, Vous, les troupeaux au pâturage Et tous les animaux sauvages, Sur terre, au ciel et dans les eaux, Louez le nom du Dieu très haut.
Lui seul est grand, lui seul est Dieu, Sa gloire est au-delà des cieux. Dans son amour il sest lié Au peuple quil a relevé. Pour le louer, vous ses fidèles, Que votre ardeur se renouvelle. Approchez-vous de votre roi, Venez à lui. Alleluia!
Théodore de Bèze
II. Le chapitre 6 de la Genèse: les jours de la création et leur signification du point de vue biblique
L'uvre du premier jour de la création nous met en présence de la différence fondamentale entre le christianisme biblique et le naturalisme matérialiste: la création absolue à partir de rien par un Dieu infini et personnel dun côté, et léternité de la matière ou de lénergie, de lautre. Mis à part cette différence, le second fossé, profond et infranchissable, entre limage de la réalité donnée par la Bible et celle présentée par la philosophie humaniste est la question du temps, et plus spécialement celle de lâge de lunivers. Il faut, en effet, de vastes périodes pour justifier une hypothèse rationaliste et impersonnelle cest celle de lévolution pour remplacer la création divine. Du fait du glissement intellectuel qui sest opéré au début du XIXe siècle vers la théorie des grandes périodes dans lhistoire de la terre dabord en géologie, puis en biologie, et assez vite, ensuite, en histoire et dans tous les autres domaines , ceux qui voulaient prendre lEcriture au sérieux se sont trouvés face à des questions difficiles lorsquils ont voulu donner une interprétation des jours de la semaine de la création.
Aussi y a-t-il eu depuis le début ou la moitié du XIXe siècle une grande variété dinterprétations de la notion de jour, même parmi les commentateurs évangéliques de la Bible. Avant dexaminer ces différentes thèses, voyons, dabord, ce que dit le livre de la Genèse et, après lui, la Bible en général.
A) La notion de jour dans la Bible
De façon générale, la Bible emploie le mot jour (yom en hébreu) pour une période de temps dune durée de vingt-quatre heures du jour solaire, ou pour la portion éclairée par le soleil de ces vingt-quatre heures. Quand il est précédé dun nombre (un chiffre cardinal comme: le premier jour, le second jour), il a constamment, tout au long des Ecritures, le sens dun jour solaire normal.
Quelquefois, le mot jour est utilisé dans lEcriture pour indiquer une période de temps non précisément définie (comme en Jb 7:6: «Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, ils sévanouissent » ou le Ps 90:9: «Tous nos jours déclinent par ton courroux »). Mais, dans ces cas, le mot jour signifie encore une succession finie de jours normaux, et pas une extension exégétique de limagination, de vastes périodes. Le mot jour (yom) peut aussi désigner, en quelques occasions, une partie de lannée, telle que le temps de la moisson (voyez Gn 30:14), mais là encore il ne sagit de rien de plus que de quelques semaines en jours solaires normaux, et pas dépoques de milliers ou millions dannées.
Lexpression prophétique «le jour du Seigneur» fait naturellement référence à une catégorie de jour bien spéciale, qui veut indiquer, quel quen soit le sens prophétique, un jour ordinaire devenu extraordinaire par lintervention définitive de Dieu. Cela ne peut, en aucune façon, ni vouloir dire de vastes périodes de temps, ni contredire le sens général dans la Bible du mot jour comme un jour solaire normal. Ce que Hilaire de Poitiers disait déjà au IIIe siècle: quun jour se cache et cela révèle tous les autres.
Il y a cependant quelques textes de lEcriture où il est bien clair que le mot jour est employé dans un autre sens que vingt-quatre heures. Le cas le plus patent se trouve dans la seconde épître de Pierre, chapitre 3, verset 8: «Devant le Seigneur, un jour est comme mille ans » Mais là, le contexte indique pleinement quon nest pas dans le sens littéraire historique et normal. On peut légitimement affirmer que cette utilisation exceptionnelle ne doit pas donner lieu à une lecture en jours normaux, du genre: à cause de 2 Pierre 3:8 (un jour = mille ans), les sept jours de la création ont automatiquement duré sept mille ans, sauf si le contexte littéraire et grammatical du passage considéré demandait une telle transformation du sens du mot jour. Or, à lévidence, le texte des chapitres 1 et 2 du livre de la Genèse nindique aucunement une telle transformation, mais paraît tout à fait appeler le sens dune séquence de jours solaires normaux.
Le scientifique Henry M. Morris paraît avoir raison quand il martèle lévidence que le mot jour des chapitres 1 et 2 de la Genèse signifie un jour solaire normal :
De plus, «Dieu appela la lumière jour et il appela les ténèbres nuit» (Genèse 1:5). On dirait que Dieu a soigneusement choisi ses mots en prévision de futures confusions! La toute première fois quIl use du mot jour (yom en hébreu), Il le définit comme «la lumière» pour le distinguer de «lobscurité» quil appela nuit. Ayant séparé le jour de la nuit, Dieu avait accompli louvrage de son premier jour. «Il y eut un jour et il y eut un matin: ce fut un jour» (Genèse 1:5). La même formule se retrouvera à la fin de chacun des six jours de la création; il est évident que la durée de chacun de ces jours, le premier compris, est la même Il est clair que, avec le premier jour et ce qui a suivi, il sétablit une succession cyclique de jours et de nuits, des périodes de lumière et dobscurité. Cet arrangement cyclique de lumière et dobscurité voulait dire clairement que la terre ne tournait pas sur son axe et quil y avait une source de lumière dun côté de la terre qui correspondait au soleil, même si le soleil nétait pas encore fait (Genèse 1:16). Il est tout aussi clair que la longueur de tels jours ne pouvait être autre chose que celle dun jour solaire normal. Dans le premier chapitre de la Genèse, la fin du travail de chaque jour est indiquée par la formule: «Il y eut un jour et il y eut un matin: ce fut le premier (ou le second, etc.) jour.» Ainsi chaque jour de la création ayant ses limites propres, et étant ainsi «unique» dans la série des autres jours, la conjonction de ces deux critères nest jamais présente dans les écrits de lAncien Testament sans quun sens littéral nen soit lintention. Le rédacteur de la Genèse a cherché par tous les moyens possibles à parer aux dérives non littérales chez ses lecteurs du mot jour dans son texte.
Une confirmation supplémentaire du sens propre de «jour solaire» pour le mot jour dans la Genèse est donnée de façon annexe par le quatrième commandement, au verset 11 du chapitre 20 du livre de lExode. «Car en six jours lEternel a fait les cieux, la terre, la mer et tout ce qui sy trouve, et il sest reposé le septième jour : cest pourquoi lEternel a béni le jour du sabbat, et la sanctifié.» Le point crucial ici est que cest l'uvre créatrice de Dieu, suivie par le repos de celui-ci, qui doit servir de cadre pour la vie tout entière de lhumanité, son reflet sur la terre. Apparemment, lhumanité est si importante pour le Dieu très grand quil a spécialement dessiné son activité créatrice afin de donner une structure à la vie de lhomme. Il doit y avoir une raison majeure pour que Dieu ait tout créé en six jours plutôt quen une fraction de seconde, ou en cent milliards dannées.
Une telle conclusion est loin dêtre absurde, si lon croit sérieusement à lincarnation du Fils éternel de Dieu en un vrai homme pour racheter lhumanité. Car, si le Dieu infini a bien voulu en la personne de son Fils descendre en notre chair, lorganisation de la semaine de la création en séquences de temps dans lintérêt de la race humaine (la future fiancée du Fils de Dieu) nest pas incompatible avec son alliance damour et de grande bonté. Il est vrai que lincarnation de lAuteur de la création au milieu de séquences temporelles finies (sans que lui-même cesse pour autant dêtre infini) apparaît comme un miracle plus étonnant que la création elle-même. Dans lesprit dun Dieu qui est venu habiter la poussière même de la terre, il ne peut y avoir daberration à loger sa grandeur merveilleuse et infinie dans un déroulement spécifique du temps. Car aussi bien le temps que la poussière sont des créatures finies de Dieu, et ses serviteurs, pas ses maîtres.
Il y a eu trois autres arguments principaux quon a pu tirer du texte des Ecritures pour interpréter les jours autrement quen jours solaires normaux. Jen mentionne trois brièvement, le troisième méritant une analyse plus détaillée. Le premier argument est la remarque fondée que, le soleil nayant été placé dans le ciel quau quatrième jour seulement, les trois premiers jours ne peuvent pas être appelés des «jours solaires normaux» au sens strict. Cest pourquoi on peut penser, nous dit-on, que les trois premiers jours auraient pu couvrir des époques étendues. Si le contexte du chapitre 1 de la Genèse ne nous donnait pas plus de renseignements à considérer, cette observation pourrait être dimplication sérieuse. Mais, comme nous lavons vu, «chaque jour de la création ayant ses limites propres, et étant ainsi unique dans la série des autres jours, la conjonction de ces deux critères nest jamais présente dans les écrits de lAncien Testament sans quun sens littéral nen soit lintention»5, ce fait avéré constitue la réponse du contexte immédiat de la Genèse à la question. Le texte du quatrième commandement dExode 20:11 apporte une preuve supplémentaire pour donner aux sept jours de la création leur sens propre normal de jours normaux ayant la même durée.
Le second argument pour allonger les jours de vingt-quatre heures de la semaine de la création à de longues périodes de temps est fondé sur labsence, dans le texte de la Genèse, de la phrase conclusive «et il y eut un soir et il y eut un matin et ce fut le septième jour». Hugh Ross, par exemple, indique que labsence de cette formule «suggère fortement que cette journée ne sest (ou ne sétait) pas achevée». Il tire alors cette conclusion:
De ces passages (Psaume 95 et épître aux Hébreux, chapitre 14), nous déduisons que le septième jour des chapitres 1 et 2 de la Genèse représente un minimum de plusieurs milliers dannées et un maximum qui est ouvert, mais fini. Il me semble raisonnable de conclure, étant donné le parallélisme du récit de la Genèse, que les six premiers jours pourraient avoir été de longues périodes de temps.
Le moins quon puisse dire, cest que cest faire reposer une affirmation dun grand poids théologique sur une planche exégétique plutôt étroite et mince! Nest-on pas plus proche du sens évident du contexte du chapitre 2 de la Genèse (et du chapitre 20 de lExode) en disant que parce que le sabbat diffère en qualité, quoique pas en quantité du moins daprès tout ce quon peut apprendre du texte lui-même , une formule de conclusion légèrement différente aurait été ajoutée pour indiquer une différence qualitative (six jours pour le travail, un jour pour le repos)?
La formule utilisée pour indiquer la fin de ce premier sabbat («le septième jour toute luvre que Dieu avait faite était achevée et il se reposa au septième jour de toute luvre quil avait faite», Gn 2:2) paraît donner une fin tout aussi définie que la formule «et il y eut un soir et il y eut un matin et ce fut le premier jour». Cest dautant plus contraignant si nous nous souvenons quel avait été le but de Dieu en prenant six jours pour travailler et un jour pour se reposer: il lavait fait pour fournir un cadre de vie ordonné, nécessaire à la vie de ceux qui devaient porter son image sur la terre. Si labsence de cette formule finale devait vouloir dire que la divine organisation du repos du sabbat devait continuer des milliers dannées, comment les humains pourraient-ils alors commencer à suivre le quatrième commandement de lExode (Ex 20:9) de travailler six jours par semaine?
Cest ainsi que les arguments pour une semaine de la création, qui dure plusieurs milliers ou millions dannées, apparaissent contrefaits et artificiels quand on regarde attentivement le texte immédiat de la Genèse et le contexte biblique plus large. Les exégètes sont maintenant engagés dans une sorte de casuistique moderne afin de faire, à tout prix, signifier au jour de la Genèse tout sauf un jour solaire normal. Après sêtre accroché à des reconstructions évangéliques de la semaine de la création en tous points similaires, on ne peut quapprécier lhonnêteté dun libéral, le professeur écossais M. Dods, lorsquil a écrit que «si, par exemple, le mot jour dans ces chapitres [de la Genèse] ne veut pas dire une durée de vingt-quatre heures, alors il faut désespérer de jamais pouvoir interpréter lEcriture».
La fin du XXe siècle a vu se développer une des variantes les plus populaires des théories de la création (tout au moins dans le cercle des réformés évangéliques): cest la théorie du cadre, proposée apparemment pour la première fois par le professeur Noordzij, de lUniversité dUtrecht, en 1924. Il a cherché à se d |