Matthieu - Christ est Roi ! - Deuxième partie

50. Le blasphème des religieux (12.31-37)

 

Introduction

Regrets

Depuis plusieurs années, les échafaudages dans la chapelle Sixtine obscurcissent partiellement la vision des fresques du XVIe siècle de Michel Ange. Les restaurateurs ôtent les résidus de fumée de chandelles, d'encens et de poussière.
Certaines personnes critiquent le projet et pensent que les couleurs du plafond sont maintenant trop voyantes. Mais les responsables insistent pour dire que les travaux de restauration permettent aux visiteurs de voir ce que le maître de la Renaissance voulait qu'ils voient.
Le débat va certainement se poursuivre, surtout quand le tableau du Dernier Jugement, encore plus souillé que le reste sera restauré. Le renouvellement de cette scène, avec ses nombreux personnages criant de l'enfer, a un parallèle spirituel qui est tout aussi souillé. Notre génération est maintenant habituée à une représentation très peu colorée du dernier jugement décrit par Jésus. D'innombrables farces et blasphèmes ont obscurci l'image vivante que Christ nous a laissée. Et bon nombre de gens qui croient en lui ne le prennent pas au sérieux quand il parle du feu qui ne s'éteindra jamais.

Lecture : Matt 12.31-37

« 31 C’est pourquoi je vous dis : Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné. 32 Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné, mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir. 33 Dites que l’arbre est bon et que son fruit est bon, ou dites que l’arbre est mauvais et que son fruit est mauvais, car on connaît l’arbre à son fruit. 34 Races de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, mauvais comme vous l’êtes ? Car c’est de l’abondance du coeur que la bouche parle. 35 L’homme bon tire du bien de son bon trésor, et l’homme mauvais tire du mal de son mauvais trésor. 36 Je vous le dis : au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine, qu’ils auront proférée. 37 Car par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné. »

Notre jugement sur Dieu est solennel (12.31-32)

« 31 C’est pourquoi je vous dis : Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné. 32 Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné, mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir. »

C’est un passage troublant. Il n’est pas rare qu’un nouveau converti tombe sur ce passage et se mette à craindre les paroles de Jésus. J’ai même entendu un jour une prédication sur ce texte, où il était dit que les chrétiens devaient vraiment faire attention à ne pas commettre ce péché.

Ce passage est troublant parce qu’extrêmement solennel. Il est question de quelque chose où il n’y a aucun pardon possible, ni aujourd’hui, ni demain, ni dans l’éternité. Il est troublant aussi parce qu’il semble dire que la grâce ne peut pas tout couvrir. Or dans la Bible, s’il y a une grande nouvelle, c’est que la grâce abonde envers le pécheur. Même dans l’Ancien Testament :

Je ne connais pas de péché que le Seigneur n’ait pas pardonné en nous en donnant un exemple dans la Bible. Vol, prostitution, esclavagisme, mensonge, homosexualité, adultère, meurtre, colère, amertume, etc. (1 Cor. 6.9-11, etc.) Toute faute, est pardonnable, tout péché est pardonnable. Quel que soit le puits dans lequel un homme tombe, Jésus est capable de l’en sortir :

Ainsi tout péché est pardonnable. Tout péché, sauf un. Un seul. Le blasphème contre le Saint-Esprit. C’est l’un des passages les plus malmenés de l’Ecriture, et le sujet est grave. Regardons tout d’abord, le mot «blasphème. »

Ce dont il est question ici est très spécifique. Ce n’est pas la notion générale de blasphème, ou d’arrogance ou d’insulte contre Dieu. Plusieurs idées ont été avancées pour décrire plus précisément le baptême contre l’Esprit :

  1. Certains observent le contraste entre le blasphème contre Jésus, et le blasphème contre l’Esprit et disent qu’il s’agit d’une injure avant la conversion (avant Christ) et d’une injure après la conversion (après l’Esprit.) En d’autres termes, ce serait une insulte adressée à Dieu après la conversion. Ce n’est pas possible :
    • Jésus n’établit pas un contraste dans le moment de l’insulte, mais dans la personne insultée
    • Le « c’est pourquoi » du début nous renvoie aux Pharisiens qui ont commis cette faute. Or ils n’étaient certainement pas des gens nés de nouveau.
    • Cela rendrait possible la perte du salut, ce qui n’est pas corroboré par le reste de l’Ecriture. Dieu qui nous appelés avant la fondation du monde, connaissait tout de notre vie (y compris toutes les fautes que nous commettrions) et nous a sauvés en connaissance de cause.
  2. D’autres disent que ce péché survient lorsqu’on dit qu’un miracle vient du diable. Des frères charismatiques m’ont accusé plus ou moins directement d’avoir commis cette faute avec le livre que j’ai écrit et qui compare les miracles selon la Bible avec les miracles selon les charismatiques. Ce serait effectivement plus proche du contexte, mais cela ne peut être le cas :
    • Les miracles ne sont jamais, en eux-mêmes, la preuve de la présence de Dieu (Matt. 7.22-23 ; Ac. 8.9-10 ; Deut 13.1-2, etc.)
    • Dieu nous invite à évaluer les signes et les prodiges, justement parce qu’il existe un imitateur (voir Exode 7 ; 2 Cor. 11.14 ; 2 Thess. 2.9)
    • La remarque précédente sur la perte du salut s’applique également.

Alors c’est quoi, ce blasphème contre l’Esprit ? Il n’y a en fait que deux interprétations vraiment solides.

  1. Voir Jésus à l’œuvre, et conclure qu’il est inspiré par le diable. Voyez-vous, Jésus dit : « Celui qui m’a vu, a vu le Père » (Jean 14.9.) L’apôtre Paul écrit « En [Christ], habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Col. 2:9.) L’apôtre relève que « personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu (le Fils) unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1.18.)
    • Ca veut dire que personne ne peut voir Jésus marcher sur terre, parler comme il a parlé, accomplir les miracles qu’il a accomplis sans être puissamment éclairé.
    • Dire, devant cet éclairage, que ça, c’est l’œuvre du diable, c’est s’exclure automatiquement du jeu, parce qu’il n’existe aucun témoignage plus grand.
    • Ce serait comme quelqu’un qui regarde une Formule 1 et qui dirait, il me faudrait une voiture plus rapide pour croire que les voitures vont vite… Ou quelqu’un qui dirait : cela ne me suffit pas de voir la terre d’un satellite pour croire que la terre est ronde…
    • Si cette interprétation est correcte, le blasphème contre l’Esprit ne serait plus possible, car il ne peut être fait que devant la personne et l’œuvre éclatante du Roi et de son royaume. Et évidemment cela ne pourrait concerner un chrétien.
  2. Une autre interprétation est assez similaire, simplement elle la prolonge pour l’appliquer à l’état intérieur d’un homme qui a reçu la conviction que l’œuvre de Jésus vient vraiment de Dieu, mais qui la refuse. Pour X raisons. La vie avec Jésus menace son style de vie, ou dérange ses idoles, ou l’empêche de jouir de certains plaisirs. Ou bien il a peur de perdre ses amis. Selon ce scénario, le Saint-Esprit — dont le rôle est précisément de convaincre le monde de péché, de justice et de jugement (Jean 16.8) — œuvrerait pour convaincre un individu de venir à Christ, mais celui-ci, pour éviter de plier le genou devant Jésus, dirait : ‘Dieu je refuse ton éclairage, ton œuvre est mauvaise et elle n’est pas pour moi.’
    • Dans ce cas-là, le blasphème contre le Saint-Esprit serait l’endurcissement persévérant d’un individu contre Dieu. Le Saint-Esprit éclairerait une personne qui dirait ‘non.’
    • Imaginez quelqu’un qui a faim et à qui on présenterait du pain et qui le refuserait. Sa mort serait de sa faute. Dieu tend la main aux hommes en Christ pour qu’ils découvrent le pardon et la foi. Lorsqu’ils rejettent cette main tendue, ils se privent du seul moyen qui permette aux hommes d’être sauvés.
    • On n’est pas loin de ce que Hébreux décrit. Lisons ensemble 6.4-6 :
      • Les expressions « ont goûté… don céleste… devenus participants à l’Esprit Saint… » semble décrire des chrétiens. Cependant, ces gens là sont dans l’impossibilité d’accéder au salut.
      • Faut-il comprendre que ce sont des chrétiens authentiques qui perdent leur salut ? Impossible !
      • Les versets 9 à 12 (le contexte est toujours fondamental) éclairent le texte : il s’agit d’une mise en garde hypothétique, pour ceux parmi les lecteurs Juifs qui ont connaissance des promesses de Dieu. S’ils les rejettent, ils rejettent le seul moyen qui permet d’être sauvé.

Entre les deux hypothèses, il y a un dénominateur commun : le rejet conscient de l’éclairage de Dieu. Oui, au point de maudire l’Esprit saint.

Remarquez bien. Il n’y a pas là de pardon possible. Ce verset n’affirme pas qu’un pardon serait théoriquement possible dans l’au-delà. Il affirme exactement le contraire. Ne comptez aucunement sur une deuxième chance dans le ciel. Il n’existe qu’une seule chance, celle de saisir pour soi le sacrifice de Jésus Christ pendant qu’on vit encore. Celle de répondre avec amour à la grâce de Dieu. Celui qui le refuse et qui persévère à le refuser, ne connaîtra pas cette grâce. Ni sur terre ni dans le ciel.

Notre jugement sur Dieu révèle qui nous sommes (12.34-35)

« 33 Dites que l’arbre est bon et que son fruit est bon, ou dites que l’arbre est mauvais et que son fruit est mauvais, car on connaît l’arbre à son fruit. 34 Races de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, mauvais comme vous l’êtes ? Car c’est de l’abondance du coeur que la bouche parle. 35 L’homme bon tire du bien de son bon trésor, et l’homme mauvais tire du mal de son mauvais trésor. »

Jésus utilise plusieurs images pour communiquer que le jugement dont il vient de faire l’objet reflète surtout le cœur de ceux qui l’ont prononcé.

L’image de l’arbre et de son fruit

Faites une note dans vos Bibles. Il faut remplacer « dites » par « faites. » Le sens n’est peut être pas trop éloigné, avec la nuance qu’il s’agit là de considérer : « Considérez que l’arbre est bon si le fruit est bon, ou considérez que l’arbre est mauvais si le fruit est mauvais, car on connaît l’arbre à son fruit. » Par cette image, Jésus force les Pharisiens à choisir :

C’est par le fruit qu’on reconnaît l’arbre tout entier. Des cerises sur le sol ne sont pas tombées d’un pommier ! Jésus cite probablement un proverbe fréquent. Adage reproduit parfois un peu trop vite pour signifier qu’on ne doit pas juger. J’entends par exemple :

Ce n’est pas là la considération essentielle. Plutôt, Jésus veut que ce soit le fruit observé qui dicte le jugement de l’origine. Jésus dit ailleurs « Ne jugez pas selon l’apparence, mais jugez selon un juste jugement » (Jean 7:24.) En choisissant de juger selon leur préjugé, ils mettaient de côté la conviction évidente que la puissance de Dieu était à l’œuvre.

L’image des vipères

Christ est net dans son jugement. Vous êtes, dit-il aux religieux, des « races de vipères »

Il y a deux choses mauvaises chez une vipère :

Parce qu’ils étaient religieux, on les prenait facilement pour des hommes de bien. Parce qu’ils avaient changer le Judaïsme de la Bible par une série de préceptes humains, ils donnaient un venin mortel à ceux qui les écoutaient.

Jésus reconnaît là le cœur et la nature de l’homme. Mauvais. En sorte qu’il n’est pas étonnant que de leur cœur ne sorte que de la bile. Jérémie parlait ainsi : « Un Éthiopien peut-il changer sa peau, et un léopard ses taches ? De même, pourriez-vous faire le bien, vous qui êtes exercés à faire le mal ? » (13.23.)

Vous avez probablement commandé une bière pression bien fraîche par un bon après midi ensoleillé. Le barman vous a alors apporté une ½ pinte recouverte de mousse, qui coulait sur les bords à chaque pas un peu plus. Voilà l’image que donne Jésus. Ce qui est dans le cœur peut rester caché. Mais si le cœur est rempli de ces choses là, chaque pas, chaque bousculade, chaque dérangement fera verser de ce qui y est. Ca coule. Ca déborde.

L’image du trésor

Cette image est soulignée par celle du trésor. « 35 L’homme bon tire du bien de son bon trésor, et l’homme mauvais tire du mal de son mauvais trésor. »

Le trésor, c’est un coffre, un magasin, une réserve. Quand on va chez Castorama, on ne trouvera pas des fruits & légumes. Quand on va à la banque, on ne trouvera pas de la viande. Dans le trésor humain, social et spirituel que nous accumulons, se trouvent beaucoup d’éléments. Des souvenirs, des habitudes, des regrets, de la discipline, de l’amour, de l’égoïsme. On range parfois. On tente parfois de modifier certains dépôts qui ont été faits.

Et comme nous sommes incapables de voir l’intérieur d’un cœur — Dieu seul peut le voir — alors le révélateur, c’est ce qui sort de notre bouche. Jésus enfonce le clou avec les deux derniers versets de notre texte.

Notre jugement sur Dieu sera la source du nôtre (12.36-37)

« 36 Je vous le dis : au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine, qu’ils auront proférée. 37 Car par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné. »

Ce verset est très inquiétant. Vous savez le débit de paroles que nous avons.

Jésus dit que les hommes rendront comptes de leurs paroles vaines. Les paroles vaines sont des paroles qui n’ont aucune substance, qui n’accomplissent aucun ouvrage. Qui sont vides de sens et de buts. Dans notre contexte, ce sont ces jugements vains que l’on peut porter sur Dieu. Le verset 37 est catégorique : nos paroles nous justifient ou nous condamnent.

L’une des premières manifestations de ce qui se passe dans le cœur se révèle dans notre communication. Jacques écrit à juste titre : « Que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler » (1.19) Proverbes souligne l’importance d’être parcimonieux dans ses discours :

Bien entendu, il faut garder ces propos dans leur contexte. Jésus est en train de parler de ceux qui l’ont jugé. Ceux qui ont affirmé, malgré la conviction de l’Esprit, qu’il agissait par la puissance du diable. Ce n’est pas une mince affaire que de ‘juger Dieu.’ Ce n’est pas une mince affaire que de juger Jésus.

Nous ne sommes pas très loin du thème de ce dont Jésus parle. Tous les hommes ont reçu le témoignage de la nature, le témoignage de leur conscience. Certains ont même le témoignage de l’Ecriture. Et nombreux sont ceux qui enterrent ces témoignages… Ils s’imaginent un Dieu qui ne se soucie pas d’eux, qui ne les aimerait pas. Ils ne cherchent ni son pardon, ni sa présence.

Lorsque Christ reviendra, il prendra leur propre déclaration de foi, lors propre évaluation de Dieu, pour la retourner à leur encontre.

Conclusion

Le jour où la lumière s’est éteinte.

C’est pourquoi, si vous entendez sa voix… n’endurcissez pas son cœur.

Pendant la seconde guerre mondiale, l’armée de l’air américaine devait bombarder la ville de Palerme, un objectif militaire des forces alliées. Pour prévenir les Siciliens de ce qui allait arriver et leur dire de fuir au plus vite, les avions déversèrent auparavant sur la ville des milliers de tracts. Mais les habitants n’ont pas cru à l’avertissement. Ils écoutaient mais ils ne voyaient pas ! Lorsque les Américains arrivèrent et lâchèrent leurs bombes, des centaines de Siciliens périrent. On a même retrouvé des mains de cadavres, rigidifiées, serrant ces billets qui les pressaient de quitter la ville.

C’est une image, du blasphème contre l’Esprit. On peut voir dans cet exemple la main tendue et la mise en garde de Jésus. Jésus presse ses disciples de ne pas se contenter d’écouter ce qu’il annonce sur le royaume, mais de suivre vraiment ses paroles, et d’agir en conséquence. A ce moment du ministère de Jésus, de nombreuses foules le suivirent. Elles représentent toute l'humanité et nos réponses, oui ou non, face à la vérité.

Adaptation. Echoes of Eternity, Dennis Kastens, CSS Publishing Co., Inc., 1983