Jacques, un cours de vie chrétienne

Gérer la foi et les oeuvres (2.14-26)

 

Introduction

Par la foi seule !

Le passage que nous allons lire a été la source de plusieurs débats. Il touche un problème de fond et essentiel à toutes les spiritualités : quels sont les ingrédients nécessaires au salut  ?

L'Eglise Catholique romaine enseigne les dogmes suivants :

Par contraste, l'Ecriture enseigne que le salut a été réalisé, accompli, une fois pour toutes à la croix : " Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : Tout est accompli. Puis il baissa la tête et rendit l'esprit " (Jean 19.30). En sorte que son salut est complet.

Ce salut est si complet qu'il n'y a plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ (Rom. 8.1). Pour se l'approprier il faut reconnaître notre péché et nous en détourner, reconnaître tout simplement notre besoin de lui, et qu'en lui se trouve le pardon. Avoir confiance seulement dans ce qu'il a fait pour nous, et aucunement dans ce que nous pourrions faire pour lui de méritoire. Rom. 10.9 : " si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus et si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, tu seras sauvé. "

Jésus a dit : " Moi, je suis la porte ; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera des pâturages " (Jean 7.9). Une porte est un instrument qui nous permet de passer, de séparer des pièces et de passer de l'une à l'autre — voilà une remarque profonde pour un dimanche matin :-). Lorsque Jésus dit qu'il est la porte, il implique que quand on prend la porte, on prend la porte ! On passe du monde à celui de Dieu. D'une manière de vivre à celle de Dieu. Il y a un changement radical et profond qui a lieu, et qui montre qu'on a bien pris la porte, et la bonne !

Lecture : Jacques 2.14-26

"  14 Mes frères, que sert-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les oeuvres ? Cette foi peut-elle le sauver ?
15 Si un frère ou une soeur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour,
16 et que l'un d'entre vous leur dise, Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous ! et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ?
17 Il en est ainsi de la foi, si elle n'a pas les oeuvres, elle est morte en elle-même.
18 Mais quelqu'un dira, Toi, tu as la foi ; et moi, j'ai les oeuvres. Montre-moi ta foi sans les oeuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes oeuvres.
19 Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien ; les démons le croient aussi, et ils tremblent.
20 Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les oeuvres est inutile ?
21 Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les oeuvres, lorsqu'il offrit son fils Isaac sur l'autel ?
22 Tu vois que la foi agissait avec ses oeuvres, et que par les oeuvres la foi fut rendue parfaite.
23 Ainsi s'accomplit ce que dit l'Ecriture, Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice ; et il fut appelé ami de Dieu.
24 Vous voyez que l'homme est justifié par les oeuvres, et non par la foi seulement.
25 Rahab la prostituée ne fut-elle pas également justifiée par les oeuvres, lorsqu'elle reçut les messagers et qu'elle les fit partir par un autre chemin ?
26 Comme le corps sans esprit est mort, de même la foi sans les oeuvres est morte. "
==> Les oeuvres confirment la foi.

Sans oeuvres = sans foi (2.14-19)

Une question (2.14)

14 Mes frères, à quoi bon dire qu'on a la foi, si l'on n'a pas les oeuvres ? Cette foi peut-elle sauver ? "

Jacques formule sa question de telle sorte qu'une réponse négative s'impose (le grec l'exige.) Une foi sans oeuvres ne peut pas sauver. Ou plutôt, une foi sans oeuvres n'est pas la foi du tout ! C'est ce qu'il s'appliquera à démontrer dans la suite de ce passage.

En parlant ainsi, Jacques reconnaît qu'il existe plusieurs types de foi :

Appliqué au salut, Jacques se demande quel niveau de foi est nécessaire au salut  ?

Songez aux personnes à qui Jacques parle : des Juifs récemment convertis. Comment les Juifs pieux pensaient-ils être sauvés  ? Pour la plupart, les juifs s'appuyaient sur deux choses :

Et voici que l'Evangile arrive, et proclame le pardon pleinement disponible en Jésus-Christ. C'est ce que les apôtres ont tout de suite prêché :

Pour ces Juifs se posait la question : qu'est-ce qui est nécessaire au salut  ? Simplement croire  ? Garder les rites de la Torah et ajouter un peu de croyance au Christ  ? Ou simplement croire au Christ et être libéré de toute loi  ?

Nous avons regardé au cours d'une étude biblique les conditions du salut. En lisant Ephésiens 2.8-9, nous avons conclu que le salut était donné, qu'il s'obtenait par la foi, et que ceci était gratuit, un don complet de Dieu. La réaction immédiate c'est de dire : ‘c'est trop beau', ou encore ‘c'est trop facile'.

Une illustration (2.15-17)

15 Si un frère ou une soeur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, 16 et que l'un d'entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous ! sans leur donner ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ? "

C'est l'image d'une fausse compassion qui est donnée ici. Une foi sans œuvre ressemble à une compassion sans geste. On ne peut légitimement souhaiter que quelqu'un ait le strict nécessaire sans l'aider, quand c'est possible, d'une manière concrète.

Trois facteurs encadrent cette aide fraternelle :

Mais ce n'est pas là l'essentiel de ce que Jacques souligne. Il montre l'incohérence de la compassion sans geste concret. Il utilise cette attitude pour illustrer une autre incohérence, celle de la foi sans les oeuvres.

17 Il en est ainsi de la foi : si elle n'a pas d'oeuvres, elle est morte en elle-même. "

Une foi qui ne s'associe pas d'oeuvres n'est pas vivante. Elle est morte et inutile. Elle ne possède aucune vie, aucune utilité. C'est le témoignage universel du Nouveau Testament :

La foi se manifeste par des oeuvres ! Les oeuvres montrent la foi ! Quelles oeuvres  ? Faut-il évangéliser l'Afrique, l'Asie et l'Europe pour montrer des oeuvres bonnes  ?!

Une contestation (2.18-19)

18 Mais quelqu'un dira : Toi, tu as la foi ; et moi, j'ai les oeuvres. Montre-moi ta foi sans les oeuvres, et moi, par mes oeuvres, je te montrerai ma foi. 19 Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien ; les démons le croient aussi et ils tremblent. "

Cela ne convenait pas à tout le monde. Jacques rédige un dialogue fictif qui montre les idées qui circulaient à ce sujet. On a du mal à définir le contour de son dialogue, mais en substance, il dit ceci : (je prends la traduction en français courant) : " Quelqu'un dira peut-être : "Il y en a qui ont la foi, d'autres les actes". Alors je lui répondrai : "Montre-moi comment ta foi peut exister sans actes ! Quant à moi je te prouverai ma foi par mes actes." "

Jacques réfute cette idée de manière violente, et montre que la foi s'accompagne toujours d'oeuvres dignes de la foi !

Avec foi = avec oeuvres (2.20-26)

Le principe (2.20)

20 Mais veux-tu comprendre, homme vain, que la foi sans les oeuvres est stérile ? "

Il reprend plus fortement les propos du verset 17.

Jacques donne deux exemples tirées de l'histoire d'Israël pour bien asseoir son argumentation.

L'exemple d'Abraham (2.21-24)

21 Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les oeuvres, pour avoir offert son fils Isaac sur l'autel ? 22 Tu vois que la foi agissait avec ses oeuvres, et que par les oeuvres sa foi fut rendue parfaite. 23 Ainsi s'accomplit ce que dit l'Écriture : Abraham crut à Dieu, et cela lui fut compté comme justice ; et il fut appelé ami de Dieu. 24 Vous le voyez, c'est par les oeuvres que l'homme est justifié, et non par la foi seulement. "

L'exemple d'Abraham est capital, car il est plusieurs fois cité pour montrer comment on était déclaré juste devant Dieu. Paul utilise abondamment l'exemple d'Abraham pour justifier sa doctrine (voir Rom. 4.13ss ; Gal 3). Quand on regarde l'ordre des événements :

C'est ce geste d'obéissance qui montre la confiance d'Abraham, que Jacques utilise pour montrer que sa foi a été " rendue parfaite " (v. 22). C'est-à-dire qu'elle a atteint son but. Elle a accompli son objectif, et c'est la seconde expression que Jacques utilise. Le geste d'obéissance d'Abraham a " rendu plein " ou " achevé " la confiance d'Abraham.

Si on lit le verset 24 sans le contexte, cela semble contredire le reste de l'Ecriture sur la justification par la foi. Mais comme tout passage de la Bible, il faut toujours prendre appui sur le contexte et comparer avec l'ensemble de la révélation.

L'exemple de Rahab (2.25)

25 Rahab la prostituée ne fut-elle pas également justifiée par les oeuvres, pour avoir reçu les messagers et les avoir fait partir par un autre chemin ? "

C'est le second exemple, dont l'histoire nous est relaté dans le livre de Josué :

Le principe réitéré (2.26)

26 Comme le corps sans esprit est mort, de même la foi sans les oeuvres est morte. "

Les deux roues d'une bicyclette… La foi et les oeuvres…

Des ces deux exemples, il ressort que la foi c'est la confiance dans ce que Dieu dit. Mais une confiance telle qu'on est prêt à suivre ce que Dieu dit. On a confiance non seulement en ce qu'il nous donne, mais également en ce qu'il demande.

Conclusion

Le salut  ?

Un salut qui s'accompagne d'oeuvres… On m'a demandé cette semaine, comment il se faisait qu'une personne se convertisse et continue une vie immorale… Comment ça se fait  ? C'est très simple ! Elle ne s'est pas convertie ! C'est vrai, le chrétien aussi peut tomber dans le péché, et même le péché le plus terrible qui soit. Mais à ce moment-là, Dieu le corrige, et le chrétien authentique répond… Il ne reste pas dans cet état. Qu'en est-il pour vous  ?

 


Références bibliographiques :

[*] JEAN-PAUL II. Catéchisme de l'Église Catholique. Vatican : MAME/PLON, 1992. 800 p.